Je plaide coupable…

Je ne suis pas une bonne personne. Non. C’est comme ça c’est tout et même pour aller plus loin je dois avouer que j’ai déjà fait peur volontairement à un enfant. Oui, je plaide coupable monsieur le juge. Même si, pour ma défense, je dois dire que c’était un abruti… Pardon monsieur le juge, je suis d’accord avec vous, ça n’excuse pas mon comportement mais si je peux vous raconter les faits peut-être que vous comprendrez ce qui m’est arrivé…

Tout est parti d’une histoire banale de querelles d’enfants. Jusque là tout va bien. Enfin presque parce que l’autre morveux (pas mon fils bien sûr, l’autre! Même si mon fils peut des fois obtenir facilement ce titre honorifique…), l’autre morveux donc est allé un peu trop loin à mon goût.

C’était au moment où nous avions changé notre fils d’école (fatigués par la pression du club des mères parfaites en autre…) dans l’espoir de lui donner plus de motivation étant donné qu’il s’ennuyait ferme en classe. Oui, il est à noter que la chair de ma chair est légèrement surdouée ce qui, loin des belles images de l’enfant aux notes extraordinaires, est parfois un poil compliqué à gérer, voire franchement chiant. Je passe sur ses obsessions de création de villes avec son propre système politique, sa fascination pour les drapeaux de tous les pays du monde entier et sa passion pour la géographie  (d’ailleurs, Monsieur le juge, savez-vous où se trouve le Kiribati? Non? Ben nous oui et je peux vous dire que le drapeau de cet archipel est très joli… mais c’est une autre histoire…).

Bref, tout heureux, il fait sa rentrée dans ce nouvel établissement un peu « bobo » (enfin, un peu beaucoup même mais bon, on se disait que « bobo » pouvait signifier aussi « ouvert à la différence »…). Bon, c’est vrai que mon fils n’est pas le plus extraverti des enfants, loin de là. Du coup, se faire des copains n’a pas été le plus facile. Ma fibre de mère a même été blessée de voir que pas une fois il n’a été invité à un anniversaire cette première année. Comprenez-moi Monsieur le juge, j’étais un peu sur la défensive, voire carrément énervée…

Quelques mois après la rentrée, mon fils m’a fait part du fait qu’un petit groupe d’élèves de sa classe s’amusait à se moquer de sa couleur de peau en le traitant notamment de chimpanzé ou de visage à la couleur de diarrhée et j’en passe. Ni une ni deux, mon sang ne fait qu’un tour et je me retrouve illico face à la directrice de l’école lui expliquant que ce genre d’insultes devaient cesser IMMEDIATEMENT. Non, monsieur le juge, je ne lui ai pas précisé que j’étais ceinture noire de taekwondo. Je suis une militante anti violence moi! Et je n’utilise jamais la menace, enfin presque… Donc, après cet entretien au ton calme mais ferme, confiante en l’autorité et la compétence de l’école, je m’attendais à l’arrêt immédiat des hostilités et des attaques verbales envers mon fils, ma bataille.

Malheureusement, ce ne fut pas le cas. C’est alors que je décidai de me tourner vers ma deuxième option: le Maître. Re-rendez-vous, re-entretien, re-explication, re-ton calme mais ferme. Face à nous, un homme qui semble maitriser son sujet jusqu’à ce qu’il nous explique qu’il avait réuni toute la classe et ouvrant sa large bouche leur avait tenu ce discours: « Il faut que vous compreniez. Il y a des gros, il y en a qui ont des lunettes, il y en a qui sont noirs… Chacun ses défauts! ». Oui, monsieur le juge. J’en suis presque tombée de ma chaise mais comme je sais me tenir, j’ai souris et je me suis tue (alors que j’aurais pu le traiter d’abruti complet, ou de débile profond… C’était quand même de la légitime défense, non?…)

Re-bref, voyant que la situation n’avançait pas et, surtout, ne trouvait solution, j’ai décidé, un peu malgré moi, de prendre le taureau par les cornes, la poêle par le manche, les cerises par la queue. Bref, de prendre les choses en main, que diable!

Ne sachant que faire mais bien décidée à le faire, j’attendais, ce jour-là, mon fils à la sortie de l’école lorsque soudain, je le vis. L’autre, le morveux, le gnome, celui qui pourrissait la vie de mon fils depuis quelques semaines. Alors non, Monsieur le juge, je ne me suis pas jetée sur lui. Aucune insulte non plus n’est sortie de ma bouche. Non. Juste droite, les bras croisés, le regard noir et énigmatique (des années de cours d’art dramatique peuvent bien servir enfin à quelque chose, non?), l’allure fière et le cheveu gominé tel Al Pacino dans le Parrain, je l’ai d’abord observé puis, lorsqu’il m’a aperçu, j’ai soutenu son regard. Le regard dans lequel pouvait se lire toute la blessure d’une mère dont l’enfant avait eu l’honneur écorché par des insultes stupides et méchantes. En me voyant, le morveux a rapidement baissé les yeux et a pris la poudre d’escampette.

Devant le succès plus qu’évident de cette première tentative, j’ai cédé à la tentation, Monsieur le juge. J’ai récidivé. Et ce pendant toute une semaine. A la fin de celle-ci, j’ai eu l’opportunité de me retrouver dans la même rame de métro que le gnome. En me voyant, sa première réaction a été de faire demi-tour. Mais tel le bigfoot dans les films d’horreur, plus il courait, plus je marchais vers lui avec la certitude de le rattraper très vite. Le climax de ce drame s’est joué devant la porte de la rame de la voiture 6. Je le regardais dans le reflet de la vitre. Il me regardait, la peur au ventre (ou dans le pantalon), appuyant désespérément sur le bouton d’ouverture des portes. Lorsqu’enfin, celles-ci se sont ouvertes, le libérant de cette pression insupportable, je lâchais alors ma réplique culte:  » Cours, Forrest! Car les mamans chimpanzés sont très dangereuses ».

Il est à noter, Monsieur le juge, que plus jamais mon fils n’a été importuné par ce groupe d’enfants. Qui plus est, le gnome est même devenu son protecteur.

Alors, oui, Monsieur le juge, j’ai pêché car j’ai fait peur à un enfant. C’est pas beau et c’est pas bien. J’ai mal agis parce que j’ai fait justice moi-même. Je suis très très vilaine, oui. Mais que voulez-vous, c’est mon côté sauvage qui est ressorti. Et puis, en attendant, mon fils  n’est plus embêté à l’école…

Et, finalement, Monsieur le juge, les enfants ne sont-ils pas des adultes en devenir? Et si on accepte qu’on ne peut pas plaire à tout le monde, pourquoi faudrait-il blairer tous les enfants? Surtout lorsqu’ils sont cons et méchants?

Mais promis, Monsieur le juge, je le refera pas… Enfin peut-être… 😉

 

9 commentaires sur « Je plaide coupable… »

  1. Excellent ta petite histoire là ! C’est bien raconté ça ! Le gnome n’avait qu’à bien se comporter et j’aurais réagi exactement de la même façon, sans violence, clair, net et ferme…le juge et le gnome ont bien retenu la leçon !! 😉

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